Entre deux mondes
Avec cette photographie, j’ai voulu créer une image à la frontière entre le réel et l’imaginaire, inspirée librement de l’univers d’Alice au Pays des Merveilles.
Au centre de l’image, Alice se tient debout sur un fauteuil qui semble flotter à la surface de l’eau. Il n’est ni véritablement posé, ni immergé. Autour d’elle, aucun horizon, aucun élément permettant de situer précisément la scène. Il ne reste que l’eau, les reflets du ciel et une brume rose qui enveloppe doucement le décor.
Alice porte la tenue emblématique du personnage de Lewis Carroll, mais le lapin qui l’accompagne prend ici une autre dimension. Immense, presque plus grand qu’elle, il n’est plus celui qu’Alice poursuit pour entrer au Pays des Merveilles. Elle le serre contre elle, comme s’il lui appartenait, comme si elle cherchait à le rassurer ou à l’empêcher de tomber dans l’eau. Les rôles semblent alors s’inverser : c’est Alice qui protège le lapin.
Son sourire contraste avec l’étrangeté de la situation. Elle paraît parfaitement à sa place dans cet espace impossible, suspendu entre le ciel et l’eau. La plongée efface les repères et transforme le paysage réel en un décor presque irréel. Les reflets du ciel brouillent encore davantage les frontières : sommes-nous sur l’eau, dans le ciel, dans un rêve ou simplement dans l’imaginaire d’une enfant ?
La fumée rose accentue cette sensation de passage vers un autre monde. Elle apporte une dimension poétique et surnaturelle, comme si la réalité était doucement en train de basculer vers la fiction.
Les portraits réalisés ensuite sous un grand chêne prolongent cette histoire d’une manière plus intime. Revenue sur la terre ferme, Alice garde son immense lapin tout contre elle. Elle l’enlace, le serre, s’y réfugie presque. L’étrangeté de la première image laisse alors davantage de place à la tendresse.
À travers cette série, j’ai voulu retrouver ce qui appartient profondément à l’enfance : cette capacité à rendre réel ce qui ne l’est pas, à donner une âme à un objet, à inventer des mondes et à passer de l’un à l’autre sans avoir besoin d’en connaître les frontières.
Peut-être qu’au fond, le Pays des Merveilles existe simplement tant que l’on est encore capable d’y croire.
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